mardi 15 janvier 2008

Masochistes

Il peut m'arriver comme avant-hier de faire des crises d'insomnie. Il est 2h30 du matin, j'ai les yeux bien ouverts, mon mari ronfle bruyamment à côté de moi et je m'emmerde. Pour éviter que des pensées morbides assaillent mon cerveau fatigué, je me plonge généralement dans un bouquin. Attention pas de la grande littérature russe ou le dernier traité sur l'environnement...je garde ça pour faire la maligne en public... Non, quand je suis à l'abri des regards, je dégaine en douce un livre de.... puériculture.

Je suis depuis toujours effarée par le nombre de livres sur les petits tracas et déboires humains : "Maigrir en 10 jours", "Thérapie de la confiance en soi", "Transformer votre vie", "Pourquoi je suis encore célibataire à 40 ans", "Comment travailler avec des cons" etc... Ces manuels sont censés résoudre vos problèmes en quelques pages et sont apparemment écrits par des sommités prêchant non pas "LA" mais "LEUR" bonne parole.
Le rayon puériculture n'est pas en reste et regorge de milliers de livres sur un seul et unique sujet : votre enfant. Pour de jeunes parents, il peut paraître normal de se procurer ce type de manuel. C'est comme acheter le mode d'emploi d'un appareil ultra compliqué et évolutif. Comme je suis assez classique, j'ai acheté "J'Elève Mon Enfant" par Mme Antier et la version de Mme Pernoult.

Donc, selon elles, l' "Enfant" de l'âge de Nain (2 ans et quelques), doit avoir atteint le stade suivant : il s'habille et se déshabille seul, il mange sain, équilibré et proprement, il maîtrise jusqu'à 200 mots, dessine des ronds et ne doit pas regarder la télévision parce que ça le rend con.
"Misère! Catastrophe!" pense-je intérieurement : Nain continue à mettre ses 2 jambes dans la manche de son gilet, il mange comme un porc avec ses doigts (surtout quand je l'emmène au MacDo), prononce correctement 20 mots max ("pipi", "poupou", "caca", le reste est définitivement incompréhensible) et est accroc à Dora l'exploratrice.
Je referme le livre, abattue, et la sentence tombe sans appel : mon fils est attardé. Je me rendors alors difficilement, agitée comme jamais, rongée par la mauvaise conscience et persuadée de ne pas avoir rempli correctement mon devoir de mère.

Cependant, avec du recul, j'ai la nette conviction que ces livres ne sont qu'un ramassis d'incohérences écrites avec froideur par des mammouths, que rien ne vaut sa propre expérience et son instinct maternel et qu'il n'existe pas de modèle d'éducation. Bien au contraire, chaque enfant est trop unique pour être élevé bêtement comme les autres et vouloir le fondre dans la masse est l'apanage de parents craintifs . Malgré cela, je ne peux m'empêcher de m'y replonger de temps à autre : je dois aimer souffrir... c'est évident...

En conclusion, si vous êtes vraiment masos comme moi, jetez ces maudits bouquins et demandez plutôt au Papa de vous attacher aux barreaux avec des menottes et de vous fouetter avec une touffe d'orties fraîches : ça fera aussi mal, mais c'est plus rigolo.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

et glouglou