mardi 12 mars 2013

Mon homme, l'expatrié

On parle beaucoup des épouses expatriées : celles qui ont sacrifié leur job pour suivre leur mari, celles qui voient leur indépendance financière réduite en peau de chagrin, celles qui passent d'un bureau de 40 personnes à un mini-foyer avec 2 marmots qui savent à peine parler, celles qui découvrent la solitude, celles qui doivent affronter les remarques acides et les regards étonnés.

Ce sont les mêmes qui saisissent l'occasion pour se reconvertir, passer plus de temps avec leurs enfants et mieux les comprendre, les épauler et les choyer au quotidien, celles qui partent en quête de nouvelles rencontres, celles qui arpentent les rues et les musées pour prendre possession de leur nouvelle ville, celles qui protègent ou reconstruisent leur écrin de bonheur.

D'une certaine manière, l'expatriation est une aventure mais pas avec le sac à dos et une machette entre les gencives :


mais avec 234 cartons et une bonne bière à la fin de la journée :

Dessin par LiliBé pour ma chronique d'Ici-Londres en septembre 2012


Bref, le sujet est sans fin mais bizarrement, on ne parle pas beaucoup de l'homme expatrié, celui sans qui cette aventure ne serait jamais arrivée, celui qui prend le risque de s'installer ailleurs sans filet de protection et d'embarquer femme et enfants.

Au début de notre expatriation, j'étais très jalouse de Mari. 

Pendant que je restais à la maison, lui avait un travail, une vie sociale, un but dans la journée. Et quand il partait en voyage, je fondais en larmes : "Vas-y, abandonne-nous! Pars! J'ai bien compris que tu préférais aller mater les culs des hôtesses de l'air en Business plutôt que de rester à la maison t'occuper de nous!! J'ai bien compris que tu adorais passer tes nuits dans des hôtels 5 étoiles avec petit-déjeuner buffet plutôt que d'honorer ta femme qui n'est pas foutue de te préparer ton café!! J'ai tout abandonné pour toi et voilà comment tu me remercies?! J'ai pas signé pour ça moi! J'ai signé pour du glam, de l'amour, des voyages et une nounou full-time! J'veux des pompes, un sac, du cul!!"

Mari partait donc le dos courbé sous le poids de la culpabilité qui, à mon sens, n'était rien en comparaison de mon désarroi.

Cependant, il m'a bien fallu admettre que Mari ne travaillait pas comme un âne pour le plaisir, que les voyages le fatiguaient, que la pression d'un nouveau job est d'autant plus forte quand on a 3 bouches à nourrir, que lui aussi avait laissé en France sa famille et ses amis, que la notion "se faire plaisir" disparaissait, faute de temps, au fur et à mesure que nous lui demandions plus d'attention, qu'il ne pensait qu'à notre avenir alors que je n'étais obsédée que par le lendemain ou les prochaines vacances scolaires.

Les filles, faut prendre soin de son poulain, sa bête de concours, son pigeon voyageur. Laver ses petites chemises, le nourrir correctement sans matières grasses, lui mettre un coup de pied au cul pour qu'il aille faire du sport, lui coller son téléphone entre les mains pour qu'il appelle ses potes et prendre un verre avec eux, lui envoyer de jolis SMS pendant qu'il est en voyage, le laisser faire sa sieste (mais pas plus de 2 heures hein, faut quand même pas déconner!!), lui donner quelques missions ponctuelles pour le valoriser ("Tu peux aller au Tesco acheter du PQ stp?"), prendre en main sa vie sociale et le plonger dans la foule car il y brille.

Dans les faits, on pourra dire que je remplis bien mes fonctions de Bobonne, mais en réalité, je me vois plus comme son coach et son poil à gratter.

Pourquoi faire tout cela? Et bien, plutôt de prendre le risque de le voir faire un claquage à 40 piges, je préfère anticiper afin de ne pas me retrouver toute seule, sans emploi avec 2 enfants et 15 kilos en trop (donc clairement pas baisable).

Plus les années passent et plus je me suis habituée à son absence. Maintenant, quand il se barre pendant 1 semaine comme il a fait la semaine dernière pour aller à New-York (bon là, j'ai été super jalouse, j'avoue), et bien je m'occupe de moi et là, rien ne va plus! Je ne bouffe que de la merde ou des pâtes, je regarde des films débiles pour ados qui me font pleurer tellement c'est beau l'amour, je m'organise des soirées avec mes potes parce que j'adore sortir en solo, mes babysitters se frottent les mains, les nains sont en mode free-style, les devoirs sont bâclés, j'ai le lit ET le canapé pour moi toute seule!!

Ainsi quand Mari rentre, ce n'est plus moi qui cours à la porte, soulagée de le voir revenir... c'est plutôt lui qui vient s'asseoir à côté de moi alors que je suis au milieu d'un épisode hyper important de "Made in Chelsea" et qui attend, anxieux, que j'appuie sur Pause pour écouter le récit, passionnant de son voyage.

Zaza : "C'était bien?"

Mari : "C'était bien mais fatiguant... Tiens, je t'ai ramené des clopes... Holala, vous m'avez manqué..."

Zaza : "Oui, oui, toi aussi tu nous as manqué!! et sinon.... Tu repars quand?????"

37 commentaires:

  1. Même si ma situation est différente, il y a du vrai!!! Ok, j'ai suivi mari mais sans nains! Par contre, j'avais intérêt à me trouver un boulot fissa parce que à deux à NY avec un seul salaire de post-doc, ca le fait pas!!! Mais moi je me suis trouvée un petit 35h peinard pendant qu'il rame 10-12h par jour, we inclus, dans son labo! Ce qui ne m'empeche pas de raler quand il fait pas sa part de taches menagères!!! Bah oui quoi moi aussi je bosse, merde!!!

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    1. et ça te laisse plus de temps pour dénicher de bonnes adresses et en faire profiter tout le monde!

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  2. Parce qu'avec 15kg en plus on n'est plus baisable ... Zaza faut qu'on cause :-/

    ;-)

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    1. 15 kg en plus quand on est déjà en surpoid (je précise hein ;))
      On en cause autour d'un cupcake quand tu veux!

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  3. très juste en effet, pas toujours facile de trouver sa place en tant que femme au foyer...mais une expérience d'expatriation est tellement riche en rencontres et en découvertes que cela compense un peu avec la solitude ressentie et la perte de repères des débuts. Et puis qu'est ce qu'il ferait donc sans toi ton Homme!? :-)

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    1. bah justement, sans moi, mon homme ne ferait QUE bosser!

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  4. Imagine le retour a Paris ! la claque !!!!
    bisous

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    1. Je préfère pas imaginer pour l'instant, ch'uis bien là! bonne chance ma belle!!

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  5. Très très bon...j'ai encore ri, ri et ri encore un coup un peu plus fort. Bravo c'est drôlement bien écrit.

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  6. Merci pour ce super article, première fois en effet que je lis un blog qui parle de ces hommes expatriés à l'origine du changement de vie de leur ménage... C'est vrai que c'est dur pour les femmes qui "suivent" et qui en subissent les conséquences, difficile de ne pas leur en vouloir inconsciemment dans les débuts, même si l'expérience vaut pourtant le coup d'être vécue.
    J'en suis encore au stade où je tente désespérément de recréer mon bonheur dans ce nouveau contexte et de virer ce foutu mal du pays. Pas toujours évident, mais j'ai envie de dire: si le couple est capable de résister à cette épreuve, il pourra résister à tout! :D

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    1. Ta dernière phrase résume tout! Et ça fera un excellent sujet pour un prochain post! Je compte sur toi pour m'épauler ;)

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    2. Avec plaisir et quand tu veux! Entre blogueuses expatriées, on se comprend! ^_^

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  7. l expatriation heureuse, un vrai travail d équipe !
    j ai envoyé le lien à mon mari, ce putain de héros, pour qu'il voit qu'il n'est pas tout seul, et a quel point sa femme est merveilleuse.
    bravo zaza de parler si bien de notre quotidien !

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    1. Becos! J'espère que ton mari s'est senti moins seul derrière son écran!

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  8. moi aussi 'j'veux des pompes, un sac, du cul" !!! j'adore! tellement vrai ce que tu dis dans ce post, allez ce soir je vais faire un vrai diner pour mari qui travaille beaucoup et pas lui refourger les restes des nains comme une feignasse :)

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    1. Haha, mais ils sont hyper bons les restes des nains, faut juste rajouter un verre de rouge pour améliorer le repas de monsieur!

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  9. Même si ma situation est différente ( nous avons fait le "grand saut" d'un commun accord, et sans nain à nos baskets ), je reconnais en revanche que les hommes méritent en effet de la reconnaissance.
    Après tout, OUI eux aussi se retrouvent dans le bateau de l'expatriation, avec les responsabilités qui vont avec, en tant que conjoint et/ou père de famille : gérer le nouveau boulot dans un pays qui n'est pas le sien, tout en tentant de prendre soin de sa moitié, de sa tribu.
    Merci Zaza pour cet article, et promis je tâcherais d'être moins "selfish", arrêter de pleurer sur mon sort non-stop, et d'être plus à l'écoute de mari...

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    1. Oui, mais tu sais, être égoïste, c'est bien aussi, faut pas s'oublier dans l'histoire!

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  10. Première visite sur votre site, point de vue intéressant!

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    1. Mon point de vue varie en fonction des jours (et de mon humeur!)!

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  11. Faudra m expliquer l expression LES NAINS.....

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    1. parce qu'il sont petits, c'est ce qui m'est venu à l'esprit quand j'ai commencé à écrire les premières lignes de ce blog il y a 5 ans! Mais je ne les ai JAMAIS appelés comme ça devant eux, ch'uis pas aussi cruelle que ça.

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  12. Nains = marmots= demi-mesures...
    Excellent papier ma zaza, ça fait plaisir de te retrouver en bonne forme:)

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  13. Oglala on dirait mon congé mat'. C'était moi qui partait en vadrouille avant avec les 5 étoiles, et maintenant c'est gossip girl à gogo. Mais je suis d'accord la valorisation par le petit voyage à Sainsbury's après le boulot ça marche. Et une fois de temps en temps je fais la lessive pour montrer mon soutien... Mais pas le repassage, faut pas rigoler!

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    1. T'as de la chance d'avoir pu jongler entre les 2 situations! Tu maîtrises bien le Sainsbury's? Moi j'adore, je m'y perd volontairement et chaque conserve me fait rire (ou vomir, ça dépend).

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  14. Très drôle, très bien écrit. Mon diminutif c'est Xav ou Zaza et j'écris un blog sur mes aventures au Brésil en femme expat. J'aimerais bien suciter autant de commentaires avec mes billets ! Je suis trop jalouse :-)
    Je m'abonne de ce pas.

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    1. haaa mais j'ai une super copine de New-York qui vient de s'installer à Sao Paolo! elle nous envoie ses proses prises de têtes régulièrement et va surement adorer ton blog! Bravo! Abracao!

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  15. Dis lui de m'envoyer ces articles pour qu'on les publie !
    Beijos

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    1. Coucou!! Ma copine Alexandra aimerait bcp te rencontrer, elle t'a ratée à un café m'a-t'elle dit!! Tout va bien?

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  16. Encore dans le mille avec ce post chère Zaza ! Décidément du 100 % de réussite ! Moi, l'expat, j'y pense, j'ai commencé à instiller l'idée dans la tête de chéri (oui, c'est lui au foyer et moi au boulot)pour tenter New York, il était ok mais là, il y a deux semaines environ, il m'a dit qu'on était trop vieux ! ..... et moi, les nains, et bien je les appelle les nains...... Comme c'est depuis qu'ils sont nés, ça n'a pas l'air de les traumatiser ! ;-)))

    Sandrine et les 3 nains

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  17. Quand mon père a suivi sa formation pour devenir Directeur d'une grande boite, avec ma mère et ma soeur, on se mettait sur le balcon, le dimanche soir (ou derrière la baie vitrée, si il faisait froid, merde !) et on faisait comme les pingouins de Madagascar :" 'r voir ! 'R voir !".
    Et à peine parti, on criait de joie et on se faisait un petit déjeuner gigantesque en lieu et place du sacro saint diner !
    Moi, je trouve ça cool, quand les maris bossent !
    Je vais de ce pas me laver la bouche avec du savon !

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  18. Oui, quand même un peu ! C'est vrai que du sang niaquoué, ça aide à ne pas faire trop vieille peeau mais j'ai 43 ans (et demie bientôt !).... Et il ne nous est pas possible de partir tout de suite si je veux avoir des conditions de départ raisonnables (genre back-up de mon boss, etc, un jour, je te raconterai ma vie..;-), et bien nous devons attendre au moins 5-6 ans je pense......
    Bisous

    Sandrine et les trois nains

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et glouglou